Sanary sur Mer, sa mairie, ses souvenirs
Dans ma série "les mairies de Provence" en voici une située avenue Jean Jaurès, euh non, pour une fois elle se trouve place de la République donnant sur le Quai Charles De Gaulle.
Ce bel édifice rose, observe fièrement les eaux bleues du port de Sanary et semble surveiller le retour des pêcheurs.
Curieusement elle tourne le dos à une grande partie de la ville, à son marché provençal, à ses ruelles pittoresques peuplées de marchands d'art et de restos pour ne s'intéresser qu'au grand large.
Une histoire récente rend cette ville différente :
Sanary-Les-Allemands
En mai 1933, trois mois après l’accession d’Adolf Hitler au pouvoir, une campagne de destruction de la littérature « d’esprit non allemand » allume de nombreux bûchers dans tout le pays. Des milliers d’œuvres disparaissent.
De nombreux auteurs, dont plusieurs de tout premier plan dans la littérature allemande et mondiale, prennent le chemin de l’exil, craignant alors pour leur liberté, parfois même pour leur vie…
Il en sera de même pour une quantité d’artistes peintres et musiciens.
Beaucoup choisissent de s’expatrier vers la France.
Certains, pour fuir la cherté des grandes villes, optent pour de petits villages comme Sanary.
Cette destination est encouragée par la présence de Thomas MANN, prix Nobel de Littérature. Deux autres familles allemandes fréquentent Sanary depuis plusieurs années : le chanteur d’opéra Wilhem ULMER et son épouse qui vivent à la Villa « Bellevue » en haut du quartier des Picotières et le peintre Anton RAESCHEIDT et Ilse Sahlberg qui font grandir la Villa « Le Patio » dans le quartier de la Cride et où ils ouvriront un restaurant. Ils seront plus tard internés dans le Camp des Milles près d’Aix-en-Provence.
L’écrivain allemand qui vécut le plus longtemps à Sanary fut sans doute Lion Feuchwängler. Il y passe plus de sept années avec sa femme. Après un court séjour à l’hôtel de la réserve à Bandol, ils viennent s’installer à Beaucours à la ville « Lazare », qu’occupait jusque là le peintreLou ALBERT-LAZARD, ami de Rainer MARIA RILKE* dont elle traduit quelques-unes des œuvres. Ils louent ensuite la villa « Valmer » à la Cride. Lion FEUCHTWANGER sera lui aussi interné au camp des Mille où il écrira « Le Diable en France » œuvre critique de l’administration de Vichy.
Autour de Thomas MANN et de Lion FEUCHTWANGER viennent se regrouper de nouveaux exilés : René SCHIKELE, écrivain alsacien, Julius MEIER-GRAFE, historien d’art installé à St-Cyr, Ernest BLOCH, Hermann KESTEN, Arthur KOESTLER, Frank WERFEL et son épouse Alma, Ludwig MARCUSE, Bruno FRANK, Alfred KANTOROWICZ, le critique de théâtre Alfred KERR, Annette KOLB et Bertholt BRECHT.
Certains vivent à Sanary quelques semaines, d’autres des mois, d’autres encore des années mais tous gardent le regard tourné vers l’Allemagne. Ils se retrouvent dans les cafés du port, « Le Nautique » et « La Marine ». Hermann KESTEN s’en inspirera pour son livre « Le Poète du Café ».
« Lorsqu’on vit en exil, le café devient à la fois la maison familiale et la patrie, l’église et le parlement, un désert et un lieu de pèlerinage, le berceau des illusions et le cimetière…En exil, le café devient l’endroit unique où la vie continue… »
C’est là que Bertholt BRECHT chante à la guitare des poèmes à l’encontre de Goebbels et Hitler. C’est là également que Fritz LANDS HOFF recrute en 1933 des auteurs pour sa nouvelle maison d’édition « Quérido » ( Heinrich MANN, Lion FEUCHTWANGER, Ernst TOLLER et Arnold ZWEIG).
Un autre écrivain célèbre, Wilhem HERZOG en France depuis 1906, s’installe à Sanary dans la Villa « Roge », rue de la Prudhome. Interné en mai 1940 au Camp des Miles, il réussit à s’enfuir avant l’arrivée des troupes allemandes. Il écrit des biographies de Barthou et de Clémenceau et des ouvrages littéraires sur la Bruyère, Balzac, Daudet et Stendahl.
Que reste-il aujourd’hui des maisons habitées par les exilés allemands, autrichiens et hongrois ?
- La Villa « Roge » est toujours visible, rue de la Prudhommie
- La Villa « Valmer » occupée par les époux FEUCHTWANGER existe toujours. C’est là qu’est écrit en 1933 le roman « Die Geschwister Oppermann » qui remporte un immense succès.
- « Le Moulin Gris » qui a abrité Franz et Alma MALHER se trouve au début du chemin de la Colline en face de la Chapelle de Notre Dame de Pitié.
- Derrière la Chapelle, un petit chemin rejoint le boulevard de Portissol et passe devant la ville « Mas de Carreirade » où est mort Franz HESSEL en 1941.
- La Villa « Kerr Colette », située sur le boulevard Raphaël Boyer où a séjourné Lola SERNAU, secrétaire de Lion FEUCHTWANGER.
Merci à la mairie, au syndicat d'initiatives et à leurs brochures de m'avoir fourni tous ces renseignements.
Je tenais à rendre hommage à tous ces artistes allemands, autrichiens et hongrois juifs ou non qui ont dit non à Hitler
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